L’étang


L’étang



L’étang

mehdi akhavan sales

"Etonnante affaire ! vos cœurs sont loin d’être désolés.
L’art d’écrire 

Vos âmes sont indifférentes à ces impurs caprices,.
Les styles

à ces eaux amères.
"
.
Le sens de l’écriture 
                                                                   (Djamal d’Ispahan).
La peinture
 .
Les premiers livres illustrés
.
L’épanouissement de la peinture persane  

Ma vie est semblable à un étang :.
L’influence du naturalisme européen

Immobile, taciturne, calme et obscure..
Foucault et la Révolution Islamique d’Iran (5)

La vague et la précipitation ne s’y enflamment pas..

La fureur et la clameur n’y rugissent point..

De temps à autre, peut-être, un vieux poisson.

S’y plonge, sous l’effet de fatigue..

Et de sa pavane sénile,.

Y fait quelques légères vaguelettes..

Ou quelque dérive timide due à un débordement.

Détournée du torrent et errante s’y réfugie.

Et en souvenir d’un assez long voyage.

Lui apporte une torche rouge et noire..

D’un souffle échauffant et peu commun.

Elle met fin à sa solitude noire et froide,.

Et trouble ainsi, un moment,.

Son cœur calme et insoucieux..

Ou un soir, un navire égaré jette l’ancre dans ses eaux..

Le matin, une fois revenu à ses sens,.

Le capitaine donne l’ordre de lever l’ancre.

Et de s’en éloigner..

Ou bien un oiseau en fuite, blessé dans la forêt,.

Arrivé là-bas plaintif et hors de souffle,.

Ne pouvant plus continuer, mourant et ensanglanté,.

Fuyant le chasseur, s’y jette et casse le miroir de sa face ;.

Et les poissons de s’y attaquer de partout..

.

De temps à autre, peut-être, des canards sauvages.

Fatigués pendant la journée, s’emparent de lui,.

Y passent la nuit et, dès l’aube,.

S’y baignent avant de s’envoler..

Mis à part tout cela, l’étang a-t-il vu, dans sa vie, d’autres choses.

Que des nuits noires et des aubes blanches ?.

Des jours succéder aux jours,.

Toujours inutiles, absurdes et impurs ?.

Que de nuits l’étang a passées à pleurer, en silence.

Jusqu’à l’aube, sous le toit gris et bas des nuages !.

Mais le rude nuage, resté impassible,.

N’a pas cessé de pleuvoir !.

Que de nuits passées encore,.

Pleines de joie absurde du printemps.

Où il regardait la lune et la lune le regardait !.

La nuit est bien longue et l’histoire continue..

La lune se couche derrière la roselière,.

Et le matin se lève du cœur même de la mer paisible..

Tout est là, et rien que cela :.

La vie sans aventure et sans vivacité..

C’est un journal intime tout blanc.

Où aucune plante, aucune fleur n’a poussé ;.

Il n’en est resté ni trace ni signe, ni angoisse,.

Ni émotion, voire souffrance..

Quelle joie que de jaillir des rochers,.

De s’y cogner la tête, ou bien,.

De passer sans peine, s’il y a une plaine.

Et de dévaler, s’il y a  une vallée..

Quel bonheur que de voir des hauts et des bas !.

De parcourir des chemins périlleux, pleins d’effroi ;.

D’aller jour et nuit inlassablement,.

D’être le symbole de l’éternité..

Ma vie est semblable à un étang :.

Immobile, taciturne, calme et obscure..

La vague et la précipitation ne s’y enflamment pas..

La fureur et la clameur n’y rugissent point..                                                                                              . Mehdi Akavan Sâlès.
Téhéran fin août 1955
. Traduit du persan: Mohammad Ziar. Téhéran le 17 juin 2007.  . Source:Revue Le Pont, N:4, été 2007, P.32..


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